29 juin 2009
Aimer sans comprendre.
Mes mots empruntés à la source des gueuloirs, ce sont les rencontres où je puise dans l’autre ce qui s’éteint en moi. Je me vide d’un égoïsme qui ne s'abreuve que d'intérieur et de ses dédales - heureux par petites doses, passionnés parfois. La création en roue de secours pour comprendre l’origine de nos plaintes – esquisses de gestes, yeux malades, présence qui tremble. C’est ça la solennité de l’homme qui accepte sans gémir, l’acuité du silence qui tord la douleur. La beauté est modestie quand le temps se perd dans des mots qui n’attendent rien d’autre qu’une présence. Je manque de tous les possibles alors que le monde m’est grand ouvert. Nos actes se jouent les uns après les autres, déclinés à tous les temps, rêveurs d’absolu et de mensonges, avaleurs de drames et cracheurs d'overdoses. J’ai le vertige de la falaise et la peur de mes tortionnaires, je me promène d’ancre en encre sans jamais m'y relever. Mes points virgules, comme des souvenirs sans le sens qu’on leur donne, naissent dans le noir et se multiplient à une vitesse qui dépasse l’entendement – Qu’entends-tu au cœur naissant ? Les idées reçues d’on ne sait où explosent en mots insensés et douleurs partagées. Ne rien dire pour pouvoir enfin parler, les tangos arides et le feu qui se mêle au sel meurent sans qu'on s'en aperçoive. Il y a là tout ce qu’on peut désirer de plus fou, des violonistes par milliers, des arrangeurs de liberté – autant de cashmere engloutis sous les vagues d'un mutisme raisonné. Mes mots ne se comprennent plus et naissent ensemble d'un même élan : celui d'une main prête à en recevoir une autre, pour toucher les parfums de la tolérance et des déchirures, on se comprend tellement mieux quand on est à deux.
Ecrit par Perrine Morlière